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Intelligence artificielle et cancer du foie : la révolution médicale expliquée par le Pr Éric Vibert

Alors que le cancer primitif du foie est souvent diagnostiqué trop tardivement, l’intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives vitales. Du dépistage précoce par le Big Data à la création de jumeaux numériques pour planifier les opérations, le Pr Éric Vibert, chirurgien hépatique à l’AH-HP, nous détaille comment l’IA et le numérique transforment la prise en charge des patients, sans pour autant remplacer la main du chirurgien.

Aujourd’hui en France, seuls 15 % des patients atteints d’un cancer du foie sont traités de manière curative. En cause ? Une découverte beaucoup trop tardive des tumeurs. Face à ce constat, l’intelligence artificielle s’impose comme un levier de transformation majeur pour la médecine hépatique. Lors de l’évènement Nature Conferences 2026, le Pr Éric Vibert, chirurgien hépatique et spécialiste du cancer primitif du foie, a partagé sa vision d’une médecine où les algorithmes viennent augmenter les capacités des soignants.

L’IA au service du dépistage précoce et de la radiologie 

Le premier apport majeur de l’IA réside dans sa capacité à identifier précocement les populations à risque grâce au dépistage et aux modèles algorithmiques appliqués en population générale. Outre la détection, l’IA permet de soulager la charge de travail des radiologues.

  • L’algorithme agit comme un « interne », capable de valider ce qui est formellement normal ou bénin.
  • Cela libère du temps de cerveau disponible aux spécialistes pour se concentrer sur les cas nécessitant une expertise humaine poussée.

Des « Agents IA » pour révolutionner les décisions thérapeutiques 

Le traitement d’un cancer du foie se décide lors de Réunions de Concertation Pluridisciplinaire (RCP) réunissant chirurgiens, radiologues et hépatologues. Pour optimiser ces décisions, de nouveaux « agents IA » sont actuellement développés.

  • Contrairement aux modèles de langage généralistes, ces agents sont déterministes et entraînés spécifiquement pour réfléchir comme des spécialistes.
  • Une récente étude sur la transplantation a démontré que ces agents numériques autour d’une table étaient capables d’identifier des contre-indications à la greffe dans 95 % des cas.

Le jumeau numérique : anticiper plutôt qu’assister 

Le concept de jumeau numérique consiste à créer une représentation virtuelle du patient intégrant ses données cliniques, biologiques et surtout morphologiques (scanners, IRM, échographies). En chirurgie hépatique, l’objectif n’est pas d’utiliser l’IA pour guider le bistouri en temps réel, une approche que le Pr Vibert juge peu réaliste actuellement en raison de la complexité de l’environnement chirurgical (sang, fumée, besoin de puissance de calcul). L’IA sert avant tout à la préparation :

  • Des modèles mathématiques de simulation des fluides (rhéologie) permettent d’évaluer le volume du foie restant, le débit cardiaque et le débit de la veine porte.
  • L’objectif est de prédire le risque d’insuffisance hépatique post-opératoire de manière ultra-personnalisée avant même de toucher le patient.

Un retard clinique en France face à l’international 

Bien que la France excelle dans la recherche institutionnelle avec des machines puissantes capables de développer des algorithmes (notamment à l’AP-HP avec la Chaire Innovation BOPA), l’utilisation de l’IA au lit du patient reste marginale par rapport à certains pays.

  • Des pays comme la Chine ou les États du Golfe avancent extrêmement vite, portés par de forts volumes de données et une moindre contrainte sur les problématiques de souveraineté des données par rapport à l’Europe.
  • Cependant, le Pr Vibert l’affirme : les médecins seront bientôt obligés d’utiliser l’IA, car ce sont les patients eux-mêmes qui exigeront ces outils, conscients qu’ils améliorent la fiabilité des diagnostics et des soins.

L’intelligence artificielle ne remplacera donc pas l’artisanat du chirurgien. En revanche, de la start-up DOTS (implémentation d’algorithmes d’IA) à UNCOVR (génération de comptes-rendus opératoires automatisés), l’écosystème médical s’outille pour faire de l’IA le meilleur allié de la préparation chirurgicale. Une dynamique portée par des initiatives d’excellence en France, à l’image des conférences Nature organisées par le Pr Alexandre Loupy, saluées pour leur capacité à tirer la médecine française vers le haut.

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