Face à la multiplication des applications numériques et au déploiement massif de l’intelligence artificielle à l’hôpital, la donnée de santé doit circuler de manière fluide et sécurisée. Lors d’un entretien captivant au cœur du campus Future4Care, Laurent Frigara, Co-fondateur et CEO d’Enovacom, décrypte pour L’Œil de la E-santé pourquoi l’interopérabilité constitue le pilier indispensable de la souveraineté numérique et de l’innovation médicale.
Un écosystème collaboratif au service de la santé de demain
Installé dans les locaux parisiens de l’accélérateur Future4Care — initiative conjointe de grands groupes européens (Orange, Capgemini, Sanofi, Generali) —, Enovacom réaffirme son ancrage dans le secteur de la santé numérique. Filiale du Groupe Orange depuis 2018, l’entreprise marseillaise collabore activement avec les startups, experts tech et industriels pour bâtir les outils e-santé du futur.
Comme le souligne Laurent Frigara, l’objectif d’un tel écosystème est de permettre une synergie réelle entre les acteurs clés du secteur afin d’apporter une proposition de valeur forte à la France et à l’Europe.
Interopérabilité et souveraineté : un lien indissociable
Souvent perçue comme un concept technique complexe, l’interopérabilité désigne la capacité des différents systèmes informatiques à communiquer couramment selon un langage commun.
Laurent Frigara insiste sur la complémentarité entre souveraineté et interopérabilité :
« L’interopérabilité, c’est une forme de souveraineté. Sans interopérabilité, on n’a pas accès à ses propres données. »
Pour que le numérique transforme réellement la prise en charge médicale, il doit reposer sur trois piliers indissociables :
- La souveraineté : Garantir la maîtrise et la sécurité des données sur le long terme.
- L’interopérabilité : Assurer la fluidité du parcours de soins et l’accès à la bonne information au bon moment.
- Les usages : Offrir une utilité concrète au quotidien pour les professionnels de santé et les patients.
La qualité de la donnée : l’enjeu crucial face à l’essor de l’IA
Alors que l’IA générative et les applications métiers investissent le quotidien des médecins généralistes et hospitaliers, une problématique majeure persiste : celle de la qualité de la donnée.
Si les tuyaux de communication sont désormais ouverts, l’information transmise manque parfois de structuration, de sécurité ou de fraîcheur. Or, un outil d’IA ne peut être performant et fiable que s’il est alimenté par des données massives et qualifiées. De plus, l’intégration fluide des outils d’IA directement au sein de l’environnement de travail du soignant exige des normes d’interopérabilité strictes.
Usages primaires et secondaires : des bénéfices concrets pour la santé
L’interopérabilité démontre sa valeur à travers des projets d’envergure nationale et régionale :
- Usages primaires (soin au quotidien) :
- Le projet DRIMbox : Simplification et sécurisation du partage des images médicales (radiologies) entre professionnels, évitant le transport physique par le patient.
- Traçabilité des produits sanguins labiles : Historiquement précurseur suite à la crise du sang contaminé, Enovacom a développé des flux sécurisés pour garantir la traçabilité intégrale de la commande à la livraison.
- Usages secondaires (recherche et innovation) :
- Entrepôts de données de santé (EDS) : À l’image de la collaboration avec le CHU de Rennes et le projet du Grand Ouest (regroupant 10 millions de patients), le croisement des données permet d’accélérer les essais cliniques, de raccourcir les délais de mise sur le marché des médicaments et de développer des IA médicales robustes.
Feuille de route 2026 : propulser l’interopérabilité dans une nouvelle ère
Pour les années à venir, Enovacom ambitionne d’intégrer directement l’intelligence artificielle au cœur de ses solutions d’interopérabilité afin de simplifier la création et la gestion des interfaces. En promouvant les standards internationaux comme FHIR ou OMOP, l’objectif reste clair : désiloter les systèmes pour accélérer la valorisation de la donnée au bénéfice de l’ensemble de la chaîne de santé.
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