À l’occasion de la 10e édition de VivaTech, L’Oeil de la E-Santé a rencontré Angelo Arleo, VP Head of Neuroscience & Medical Research chez EssilorLuxottica, qui dirige la recherche la plus amont du groupe sur les processus neuroscientifiques sous-tendant nos capacités de perception, de cognition et d’interaction avec le monde. Il présente l’oculomique, un champ de recherche qui permet, via un simple examen de l’œil, de dépister précocement des maladies non seulement oculaires mais aussi systémiques.
L’oculomique, quand l’œil devient prédictif de maladies non oculaires
L’oculomique consiste à analyser de manière non invasive les biomarqueurs oculaires pour prédire des pathologies. Comme le résume Angelo Arleo, l’œil permet d’aller chercher des informations qui sont prédictives de maladies qui ne sont pas forcément oculaires. Cette approche vise notamment à repérer, bien avant l’apparition des premiers symptômes :
- Des problèmes cardiovasculaires
- Des troubles métaboliques, comme le diabète
La puissance combinée de l’OCT et de l’IA (Retina-AI)
Pour parvenir à ce niveau de précision, EssilorLuxottica s’appuie sur une synergie technologique en deux temps :
- L’imagerie haute résolution : l’instrument OCT (tomographie en cohérence optique) développé par Heidelberg Engineering, société du groupe, réalise une tomographie de la rétine du patient en quelques instants.
- L’analyse par l’IA : les données d’imagerie sont ensuite transférées vers la plateforme Retina-AI, qui extrait et interprète les biomarqueurs.
Corrélation, causalité et éthique : les défis de la recherche
Si l’intelligence artificielle est capable de détecter un nombre croissant de marqueurs, Angelo Arleo rappelle qu’une corrélation statistique ne vaut pas causalité :
« Ce n’est pas parce que l’IA arrive à détecter un marqueur que ce marqueur devient instantanément utile pour les médecins. »
Le travail des chercheurs consiste à sélectionner les biomarqueurs dotés d’une réelle significativité clinique, en collaboration étroite avec des médecins de différentes disciplines, neurologues, néphrologues, cardiologues, afin d’accélérer la compréhension et la prédiction des pathologies. S’agissant de données de santé hautement personnelles, Angelo Arleo insiste également sur une dimension éthique rigoureuse dans leur traitement.
Une recherche appuyée sur un réseau académique et hospitalier
En interne, EssilorLuxottica s’appuie sur son département Neurosciences et Recherches Médicales, fort d’environ 150 chercheurs. Le groupe multiplie par ailleurs les partenariats avec des hôpitaux et des universités dans le monde entier, afin d’aller chercher les expertises complémentaires et de mener des études cliniques d’envergure.
Pour Angelo Arleo, cette trajectoire relève d’une logique naturelle : l’œil offre une possibilité inédite de comprendre le patient de manière holistique, faisant de la santé visuelle le point d’entrée d’une santé beaucoup plus large.